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La bière des étoiles

Le 22 février dernier, la Nasa a annoncé la découverte de 7 exo-planètes dans le système planétaire Trappist-1. D'environ la taille de la terre, trois de ces planètes seraient potentiellement habitables ! Une découverte majeure dont le nom nous rappelle doucement l'origine belge du projet en faisant référence aux célèbres bières trappistes. Trappist, c'est en effet le nom du petit téléscope qui a permis cette grande découverte. De sa véritable appellation TRAnsiting Planets and PlanetesImals Small Telescope, le Trappist rend hommage, depuis le Chili où il est installé, à l'origine Belge du projet. L'équipe explique ainsi: "Les bières trappistes sont célèbres dans le monde entier et la plupart viennent de Belgique. Qui plus est, les membres de l'équipe les apprécient vraiment!"

On voulait donc profiter de l'occasion pour revenir sur la grande histoire de ces bières spécifiques qui ne sont désormais produites que par 12 brasseries dans le monde.


L'ordre Cisterciens

Tout commence il y a des siècles de cela, en 1098, quand un petit groupe de moines bénédictins épris d'absolu choisissent de retourner aux sources des traditions anciennes qui avaient fondé le mouvement monastique en Occident. Ils s'établirent à Cîteaux, en Bourgogne, l’Ordre des Cisterciens était né.

Suite à de nombreuses querelles au cours des siècles, et à une division des points de vue, le Cisterciens se sont petit à petit divisés en plusieurs ordres.

À l’heure actuelle, les trappistes font partie de l'ordre des Cistérciens réformés (ou de la stricte observance) on compte 2600 moines et 1883 moniales répartis dans 96 abbayes et 70 monastères à travers le monde. L'ordre s’est un peu plus assoupli avec le temps et l’évolution, néanmoins un principe fondamental est resté, les abbayes doivent être auto-suffisantes.

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Dès le moyen âge, l’Église adopte la bière, boisson populaire et rentable, afin d'attirer les pèlerins à moindre frais mais aussi afin de fournir une boisson saine aux locataires de ses abbayes, les moines. En effet, il n'était pas rare que l'eau, même provenant d'une source, puisse être contaminée de diverses façons. La bière, par le fait qu'elle nécessitait de faire bouillir l'eau qui la compose, constituait une boisson facile à fabriquer et plutôt saine d'un point de vue biologique. Celle-ci ne nécessite d'ailleurs principalement que de l'eau et des céréales, trouvables sous toutes les latitudes. De surcroît, les céréales se stockent et la bière peut donc se fabriquer, à la demande, presqu'en toute saison.

Une bière trappiste c’est donc avant tout une bière qui est fabriquée par des moines trappistes eux-mêmes, ou sous leur contrôle exclusif.

Cette bière est soumise à des critères stricts et les revenus doivent être consacrés à des actions sociales ou non-lucratives et à l’entretien et la vie de l’abbaye.


L’appellation Trappiste

Dans les années 1910 à 1940, ainsi que dans la période d'après guerre, de nombreux brasseurs ont voulu s'approprier la dénomination "trappiste", en produisant de fausses bières trappistes. Les trappistes ont logiquement cherché à protéger l'appellation en portant certaines affaires devant les tribunaux.

Depuis le jugement du tribunal de Gand du 28 Février 1962 un début de définition à permis de cadrer l’utilisation du terme :

"...le mot trappiste est utilisé communément pour désigner une bière brassée et vendue par des religieux appartenant à l'ordre des trappistes ou par des personnes qui auraient obtenu à cet effet l'autorisation de cet ordre. Il est donc dénommée trappiste une bière fabriquée par des moines cisterciens et non une bière dans le style trappiste qui sera plutôt appelée bière d'abbaye..."

Il n'en reste pas moins que l'appellation 'Trappiste' même définie légalement, de façon assez précise, n'est peut être pas définie de façon suffisamment stricte pour couvrir tous les cas de figures. C'est la raison pour laquelle l'Association Trappiste Internationale a précisé des critères complémentaires permettant de définir un produit trappiste authentique.

Pour qu'une bière puisse arborer le logo "Authentic Trappist Product":

  • La bière doit être fabriquée par une unité de production située au sein du monastère ou à proximité directe de celui-ci.

  • De par son importance, sa composition physique, son organisation, son utilisation et sa gestion, l'équipement d'entreprise requis doit faire preuve, dans son entièreté, tant d'un lien de dépendance indiscutable à l'égard du monastère bénéficiaire que d'une culture d'entreprise propre au projet de vie monastique.

  • Le travail doit être effectué par les moines eux-mêmes et/ou par des laïcs, collaborateurs du monastère bénéficiaire ou d'une entreprise, auxquels on confie la production, l'emballage et la commercialisation, à condition que cette entreprise dépende du monastère bénéficiaire et fonctionne sous sa surveillance pour ce qui est des méthodes de production et de gestion, de la qualité, de la publicité et du financement.

  • Les revenus doivent être déterminés en dehors de tout but lucratif autonome pour ce qui est des besoins matériels, intellectuels et spirituels ainsi que de l'entretien des bâtiments, de l'équipement et de l'environnement du monastère bénéficiaire, le surplus éventuel résultant d'une gestion saine et prudente de l'entreprise étant consacré à des oeuvres caritatives ou sociales ou aux besoins des autres monastères trappistes.

Il existe à l’heure actuelle, douze marques de bières trappistes dans le monde, dont onze seulement sont labellisées « Authentic Trappist Product ». Six d’entre elles sont belges, deux sont néerlandaises, une est autrichienne, une est américaine, une est italienne et une est française, la seule à ne pas posséder le label ATP car brassée à l'extérieur de l'abbaye.

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Même si la France est le berceau de l'ordre trappiste nous ne dénombrons que peu de bière trappiste française. La Révolution, qui poussa de nombreux religieux à s'exiler à l'étranger, ainsi que la Première Guerre mondiale, ont eu raison de nombreuses brasseries d’abbaye qui subsistaient.

Plusieurs brasseries ont cessé leur activité durant le XXème siècle dont l’abbaye de Sept-Fons et l’abbaye Sainte-Marie du Mont des Cats. C'est par ailleurs de l'abbaye du Mont des Cats que sont originaires les fondateurs de l'abbaye Saint-Sixte de Westvleteren, où est brassée une bière trappiste réputée.

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S’il y a une bière belge qu’il faut absolument avoir dans son réfrigérateur, c’est surtout la Westmalle triple. Cette bière claire et dorée, très en vogue, est devenue une référence pour les passionnés de bières trappistes belges. En bouche, elle est douce et dégage une saveur fruitée. Mais, son taux d’alcool est assez élevé : 9,5% d’alcool dans une bouteille. Vous apprécierez certainement son arrière-goût unique.

On distingue aussi la Westmalle double (brune) avec 7% d’alcool. Sans oublier la version Extra, plus légère que les précédentes, vendue sur le marché.

Si vous recherchez une bière trappiste belge qui se bonifie avec les années, alors optez pour la Chimay bleue reconnaissable par sa couleur brune et sa capsule bleue. Elle contient un arôme puissant et des notes de caramel avec 9% d’alcool. Il existe également la Chimay blanche (triple, 8%), rouge (ambrée, 7%) et dorée (plus légère, 4,8%).

Les bières de la marque Rochefort se présentent en 3 versions. Elles se distinguent par la couleur de leurs capsules. Celle portant la capsule bleue est plus forte avec 11,3% d’alcool. La plus légère est la Rochefort de capsule bleue (7,5%).

A vous de tenter l’expérience et de faire votre choix en fonction de vos goûts !

Les marques de bières trappistes

Belge :

  • Westmalle
  • Westvleteren
  • Achel
  • Chimay
  • Orval
  • Rochefort

Pays Bas :

  • La Trappe
  • Zundert

France :

  • Mont des Cats

Autriche :

  • Abbaye d'Engelszell

Etats-Unis :

  • Abbaye Saint-Joseph de Spencer

Italie :

  • Abbaye de Tre Fontane

Sources :
http://www.trappistbeer.net/
http://thebeerlantern.com/quest-ce-quune-biere-trappiste-quelle-histoire/